Aujourd'hui , nous vous proposons de démarrer une série de portraits d'entrepreneuses sur le blog.

Nous avons l'honneur de vous présenter Morgane, créatrice de la boutique en ligne Les petits mondes qui nous ouvre les portes de son univers bien à elle. Rien que le nom " Les petits mondes " ça nous transporte déjà dans un univers délicat où l'on se sent bien ! Sa boutique en ligne met en lumière de talentueux artistes illustrateurs, graffeurs, graphistes etc... Mais apprenons-en un peu plus...

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Parle-nous de toi en quelques mots: qui es-tu? Combien as-tu d'enfants? Quelle est ton activité?

Je m'appelle Morgane, j'ai 32 ans, mariée et maman d'une petite Romane de 18 mois qui remplit tous les jours notre cœur d'amour. J'ai créé en début d’année la galerie en ligne Les Petits Mondes, qui présente les univers illustrés d'artistes graphistes, illustrateurs, tatoueurs.

 

Quelle est la première chose que tu fais en te levant le matin?

On va chercher Romane dans son lit et on lui fait des câlins. Le matin, c’est important, pour bien commencer la journée, on demande si tout le monde a bien dormi et on prend le temps de se papouiller. J’avoue aussi que, comme les nuits sont depuis plusieurs semaines chaotiques à cause des poussées dentaires, on n'est pas contre grappiller quelques minutes de sommeil en plus.

 

Travailles-tu de chez toi ou dans un bureau, atelier ou coworking ?

Mon bureau c’est ma maison, j’ai un espace dédié pour les œuvres, les emballages et surtout la photo. Après pour toute la partie rédactionnelle, j’aime bien écrire sur la table à manger face à mon mur de cadres, j’aime bien me détacher de l’espace « technique », les idées viennent plus facilement.

Travailler de cette façon c’est nouveau pour moi, après plusieurs années de salariat dans deux secteurs différents : j’ai connu l’open-space horrible où personne ne peut se concentrer et surtout travailler en équipe, en magasin, sur le terrain. 

Aujourd’hui j’aime ces possibilités d’aménager son temps et de passer d’une tache à l’autre, mais je trouve que les journées passent beaucoup trop vite, mon gimmick c’est « quoi c’est déjà l’heure ? », toujours la course, vouloir tout boucler avant de récupérer poupette.

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As-tu une journée type ? Si non, comment organises-tu ton travail ?

Les journées types sont celles du lundi, mardi et jeudi c’est à dire quand Romane est chez sa nounou. Le mercredi et le vendredi, je fais ce que je peux pendant ses siestes donc je ne prévoie pas grand chose pour éviter les frustrations de mon côté car elle n’y est pour rien. Quelques mails envoyés, un paquet préparé c’est déjà ça et dés qu’elle se réveille on sort, on prend l’air un maximum.

Durant les journées où je peux être pleinement dispo pour mon travail, tout est condensé entre 08h30 et 16h, donc ça va vite et j’essaye d’optimiser chaque minute, quitte à manger devant l’ordi (ce qui n’est pas validé par la fédération française des mompreneurs mais avons-nous le choix ?). Les to-do list sont mes meilleures amies, je note tout et j’adore rayer : le fameux « ça c’est fait ! » satisfaisant. 

Les journées s’organisent aussi en fonction des commandes et de l’arrivée des nouvelles œuvres, le site a ouvert en février donc maintenant j’arrive à trouver le rythme et à évaluer le temps pour les différentes taches : prises de vue, mise en ligne, écriture, communication, gestion et administratif. J’aime être disponible pour les artistes, donc on peut échanger régulièrement et ils me confient leurs avancés, leurs projets en cours, les publications, ventes et expositions. Ils me font confiance donc je trouve normal d’être dans ce rapport d’échange et puis j’adore ça, je ne pourrais pas faire autrement, l’aspect strictement fournisseur/dépositaire ne me plait pas du tout.

 

« Quand on sera tout vieux, on a envie de se dire « oh on a fait ça, tu te souviens, on était un peu foufou à l’époque, ouais mais c’était cool » »

 

Qu'a changé le fait de devenir mère-entrepreneuse dans ton quotidien, comment équilibres-tu vie de famille, vie amoureuse et vie professionnelle ? Est-ce que l’envie d’entreprendre t’es venue en même temps que la maternité, ou avant/après?

Je crois que c’est le fait d’être maman qui m’a fait bouger beaucoup de choses, et l’accouchement est un élément clé dans cette aventure. Cela m’a donné suffisamment confiance pour concrétiser mon projet qui était en sommeil depuis 5 ans. Cela m’a donné tellement de force que je me suis dit : « je peux le faire et je vais le faire maintenant ». Dans mes expériences professionnelles il manquait toujours une partie qui faisait que je n’étais pas alignée, il manquait toujours quelqu chose en fait, il manquait mon projet.

Donc Les Petits Mondes existait dans les moindres détails mais uniquement dans ma tête. Il y a 18 mois j’ai senti que c’était le moment et j’ai la chance d'avoir un mari qui me soutient à 100% et me booste, on échange beaucoup, c’est un vrai moteur. Notre fille également, on veut lui transmettre cette envie, le fait d’avoir des projets, des rêves et de les réaliser même si c’est difficile et que tout le monde autour vous trouve déraisonnable. 

Quand on sera tout vieux, on a envie de se dire « oh on a fait ça, tu te souviens, on était un peu foufou à l’époque, ouais mais c’était cool ». Aujourd’hui on prend tous les deux des risques sur le plan pro, et il y a des jours où c’est éprouvant où l’on doute et l’on a besoin de l’autre pour se requinquer. Mais la plupart du temps quand on se retrouve le soir c’est pour débriefer de notre journée et se réjouir si l’un ou l’autre a fait une nouvelle vente, un échange enrichissant, un rendez-vous programmé, une nouvelle idée.

Minou quand tu liras cette interview, sache que tu es mon Best Partner in Crime !

 

3Oeuvres de Virginie Contier

Si tu te lançais aujourd'hui, quelles sont les erreurs que tu ne ferais plus ? 

Je les referais toutes car on apprend toujours et surtout tous les jours. Je n’ai pas de formation spécifique sur la gestion d’un site de e-commerce mais quand on est têtue on y arrive et les sites spécialisés, les forums avec des gens perdus comme vous font flores sur le net. Je n’ai jamais autant appris qu’en un an sur le plan technique et humain, car on se doit de développer son instinct quand on est à son compte pour anticiper des collaborations, des échanges plus ou moins fructueux. 

Aujourd’hui je suis contente d’avoir travaillé dans les domaines artistiques, culturels et commerciaux. Ce parcours qui me paraissait anachronique est aujourd’hui atypique et cela m’a permis d’avoir de l’expérience et de pouvoir concrétiser mon projet. 

 

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu à celles qui n'osent pas se lancer ?

 L’écriture quotidienne peut aider à garder ses objectifs en tête et à développer son entreprise : ce que l’on souhaite faire, de quelle manière, avec qui. Cela permet d’avoir un guide et de tenir ses engagements avec soi-même, c’est important surtout dans les moments down, quand on avait misé sur quelque chose ou quelqu’un et que cela ne se fait pas.

Ensuite il faut trouver sa voie et aussi sa voix, car il peut être tentant de se comparer et de vouloir copier des recettes, des façons d’écrire pour communiquer, des techniques, etc.

Il y a un an j’ai fait deux formations avec Lyvia Cairo, qui se décrit comme libératrice du Feu, de nos potentiels et j’ai pu vraiment débloquer pas mal de chose et encrer des réflexes de pensées, mettre en place des actions nouvelles et trouver ma façon de travailler. Quand on sent que c’est le moment, il ne faut pas hésiter à suivre un accompagnement de ce type, être coaché par les bonnes personnes. Parfois on a fait 90% du travail mais il manque ces 10% qui vont nous permettre de sauter dans le vide… et de remonter en apprenant à battre des ailes.

8S. Parapluie et MURE de Jonathan Gowthorpe

T'arrive-t'il de douter? De toi-même, de ton travail... Qu'est-ce qui te remotive ?

Alors Oui pour les trois questions mais il faut savoir l’accueillir et rebondir en se remémorant tout le travail et les réussites accomplies. 

C’est impossible d’être au top 24h/24h et je ne crois pas que cela soit bon, même si c’est ce que l’on essaye de nous faire avaler : femme parfaite, maman parfaite, entrepreneuse qui sait parfaitement tout gérer, créer, ranger, repasser, faire du yoga et siroter des jus d’herbes détox en méditant face au soleil. Au secours !

Donc se remotiver c’est tout un sport : en parler avec un entourage bienveillant et empathique, éviter les gens qui vous dise : « allez ça va aller » et passent à autre chose. Je vais mal donc on va en parler. 

Faire une liste des trucs chouettes qui se sont passés ou que vous avait finalisés. Se faire une playlist avec 10 chansons que l’on adore même celles qui font pleurer, manger des trucs que l’on aime, s’acheter des fleurs et se dire que nous aussi on a droit à notre part du gâteau pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui en mangent, nous aussi on peut réussir dans notre domaine !

Je sens déjà que ça va mieux et que vous êtes au taquet derrière votre écran.

 

À ton avis, quelles qualités sont nécessaires, en tant que femme, pour se lancer dans l’entreprenariat ?

En avoir (vous avez compris). Parce qu’il en faut et que l’on ne vous ménagera pas mais ça tombe bien car nous sommes des femmes et nous avons donc des ressources (vraiment plein) que l’on peut aller chercher, invoquer de toutes sortes de façon pour peu que l’on soit un peu intuitive. 

Il faut aussi être curieuse et frapper à toutes les portes, il y a notamment des chambres de commerce, des pépinières, des clubs et associations qui organisent des rencontres, formations, débats où l’on apprend toujours quelque chose, où l’on peut échanger, aborder des sujets tels que la communication, la création et la gestion de son entreprise. On a tendance sinon à regarder son « bébé » toujours selon le même point de vue alors que prendre du recul est essentiel.

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Quelle est la remarque la plus clichée qu'on t'ai faite sur le fait d'être maman et à la tête d’une entreprise ? Est-ce facile aujourd'hui pour une femme, une mère d'entreprendre? Y a-t-il encore une image négative des mamans qui font le choix d’entreprendre ?

« Pourquoi elle l’a fait garder alors qu’elle ne travaille pas, elle est à la maison toute la journée ? ». La petite phrase sympa de la semaine dernière. 

Donc je dirais que c’est surtout le fait d’être maman et de travailler à son domicile car l’on vous voit comme quelqu’un qui ne travaille pas et qui fait malgré tout garder son enfant. Les gens ne comprennent pas toujours l’ensemble des activités liées à la création d’entreprise et faire garder son enfant ne veut pas dire qu’on ne l’aime pas et que l’on larve sur son canapé.

Faire ce choix est souvent perçu comme un choix purement égoïste, il est jugé avec beaucoup d’incompréhension  et l’opposition salariat vs entreprenariat est bien là. Mais cela n’est pas propre aux mamans à la tête d’une entreprise, beaucoup de créatifs, d’intermittents, d’artisans essuient des regards et des petites phrases faciles (et blessantes) au quotidien.

 

Es-tu sensible à la mode, pour toi, pour ton/tes enfant/s ? Comment consommes-tu en matière de mode ?

J’ai travaillé quatre ans chez une marque qui habille les couples (^^) et quand je suis partie pour créer Les Petits Mondes, le mot désensibilisé a été le plus approprié. Ce n’est pas la marque en elle même qui m’a fait changer ma façon de consommer les vêtements mais plutôt tout ce qu’il y a autour du l’univers du textile et du prêt à porter en général : le management auprès des employés, le gaspillage, les incohérences, la surconsommation, etc.

Donc après un tri drastique dans mon dressing via e-bay et vinted, maintenant je réfléchis plusieurs fois avant d’acheter quelque chose (la fameuse phrase « est ce que j’en ai vraiment envie/besoin ») en privilégiant moins mais de qualité ou via les vide-dressing/ dépôt vente. On s’allège et on profite vraiment de belles pièces. Pour notre fille c’est pareil, seul mon mari a plus de mal de par sa taille à s’habiller dans le seconde main ou chez des créateurs, mais ça viendra.

1Oeuvres de Santus, Jonathan Gowthorpe et Arthur Plateau

Qu'est-ce qui t'inspire pour ton travail?

Beaucoup de choses. J’essaye de trouver l’inspiration dans le quotidien, trouver des jolies choses partout pas seulement dans l’exceptionnel, il suffit de lever le nez, regarder son jardin (ou celui des autres), lire, écouter (beaucoup) de la musique, et puis j’ai la chance avec mon travail d’être en contact permanent avec des œuvres, des illustrations merveilleuses, des artistes qui créent, expérimentent donc il suffit de regarder et l’inspiration vient.

 

Et enfin, donne nous ton dernier coup de coeur provoqué par une femme: une artiste, une écrivaine, une réalisatrice... La dernière femme qui t'a inspiré?

Il y a autant d’hommes et de femmes qui m’inspirent, des connus des inconnus, je suis souvent interpellée par des histoires de vie et les femmes sont si riches de ressources qu’elles peuvent faire tellement.  Alors je vais regarder ma table de chevet et répondre : Clarissa Pinkola Estès car je lis pour la seconde fois Femmes qui courent avec les loups, elle transmet si bien ce qu’est la femme sauvage et comment la retrouver. C’est un livre très fort que l’on peut lire et retrouver à plusieurs moments sur son chemin de vie.

12Alu de Joëlle Toubon

 

Merci beaucoup Morgane d'avoir répondu à nos questions, ça fait du bien des réponses motivantes et pleines de fraicheur. Merci aussi d'avoir inauguré la partie interview sur le blog! N'hésitez pas à aller découvrir sa boutique remplie de jolies créations papiers.

Si vous avez des questions à poser à Morgane n'hésitez pas à laisser un commentaire. Nous espérons que cette interview vous a plu et on se retrouve très vite pour la prochaine !

 

L'équipe Minabulle